Recherche

J'ai longtemps dessiné des objets destinés à être produits industriellement. Aujourd'hui, je peins un monde qui n'existe pas encore.

Les idées nourrissent mes images ; mes images, à leur tour, font évoluer ma réflexion. 

Je pense par les formes.

Peu à peu, quatre mouvements ont donné une architecture à ma pensée :

HÉRITER, pour se rendre digne de ce que nous avons reçu.

COMPOSER, avec des puissances qui dépassent les nôtres.

S'ÉVEILLER, pour oser questionner nos certitudes.

CONSTRUIRE, pour donner forme à ce qui n'existe pas encore.

 

I — HÉRITER

Nous héritons d’un monde qui s’efface, mais dont les formes, les rites et les élégances nous accompagnent encore — avec des règles qui ne sont plus nécessairement les nôtres.

CE QUI DEMEURE

Nous recevons ses œuvres, ses techniques, ses valeurs et ses contradictions.

Mais on finit par oublier que ses valeurs ont une histoire. Ce qui fut inventé, disputé ou conquis devient peu à peu une évidence qu’on ne questionnons plus.

S’INSPIRER

Je regarde le passé sans chercher à y retourner. Du romantisme à l'Art nouveau et à la Sécession viennoise, j'admire la puissance de l'imaginaire, l'expressivité des figures et cette ambition de beauté qui traverse la peinture, l'architecture et les arts décoratifs.

Je puise dans cet héritage un vocabulaire que je confronte aux techniques et aux possibilités de mon époque.

L’héritage devient alors une matière vivante : je le reçois, et je m’efforce de lui rendre ce que je peux de meilleur.

 

II — COMPOSER

Pour transformer ce dont nous héritons, nous avons toujours composé avec des forces qui dépassent les nôtres.

LE VIVANT

Pendant des siècles, le cheval a permis à l'homme d'augmenter sa puissance. Mais cet être vivant possède sa force, ses réactions et sa volonté propres.

L'homme apprend du cheval, le cheval apprend de l'homme. Peu à peu, leur relation s'affine. La puissance ne vient plus seulement de la force, mais de l'accord.

LA MACHINE

Avec la machine, l'homme a cherché à prolonger ses gestes et à rendre son action plus prévisible. Mais l'intelligence artificielle réintroduit une possibilité : l'outil ne se contente plus d'exécuter, il peut aussi proposer.

C'est ainsi que je travaille : je donne une direction, j'observe, je sélectionne, je transforme.

La machine ne remplace pas mon imagination. Elle lui offre un nouveau terrain d'exploration.

 

III — S’ÉVEILLER

Nous grandissons au milieu de réponses qui nous précèdent : ce qu’il faudrait désirer, produire, admirer ; ce qui serait raisonnable, acceptable ou juste.

L’ÉVIDENCE

Il est confortable de partager les certitudes de son époque. Assez difficile de les interroger, surtout lorsqu'elles se présentent comme de la bonne morale.

S’éveiller ne consiste pas à découvrir enfin le Bien, mais à questionner ce qui se présente comme tel.

CHOISIR

Je ne cherche pas alors à tout rejeter. Mais je tiens à ma liberté d'évaluer, de préférer et de donner une direction à mes choix.

C'est ce que je recherche dans ma peinture digitale : ne pas simplement représenter le monde tel qu'il est, mais conserver la liberté de l'imaginer autrement.

 

IV — CONSTRUIRE

Hériter, composer, remettre en question : tout cela resterait incomplet si rien ne devait en naître.

Je peins des hypothèses.

J'imagine un monde à l'horizon 2050, où la rareté des ressources impose de nouvelles manières de construire, de produire et de vivre.

Je cherche à faire de ces contraintes une source d'invention plutôt qu'une condamnation au renoncement.

DONNER FORME

Je dessine des lieux de vie, d’architecture, de machines. J’explore les possibilités de nouvelles techniques, les formes qu'elles pourraient engendrer et la place qu'elles laisseraient au vivant.

Chaque tableau révèle un fragment de ce monde, chaque découverte m'invite à poursuivre sa construction.

Je ne peins pas ce monde parce que je sais ce qu'il doit devenir. Je le construis pour le découvrir.